Au bénéfice de tous et pour clore ce pan de ma vie ( je l’ai raconté tant de fois en détail !), j’ai décidé d’écrire le récit pour en faire profiter ceux qui ne l’ont pas entendu et qui m’ont posé des questions sur ma mésaventure. Si vous connaissez déjà l’histoire, libre à vous de le relire ou de passer par-dessus.
Si vous perdez un oiseau, sachez qu’il existe maintenant un organisme au Québec qui s’appelle Perroquet Secours et qui peut vous aider dans vos recherches…
http://www.perroquetsecours.com/
Il y a deux ans, à la même date…
Lolita n’aimait pas son harnais (aviator). Elle l’haïssait à un point tel, que lorsqu’elle le portait, le monde n’existait plus. Elle lâchait souvent notre bras et se laissait tomber mollement dans le vide à tout instant, se lamentant sans cesse. Elle ne mangeait et ne buvait plus rien, même de ce qu’elle préférait habituellement. Nous essayions à l’époque de lui faire apprécier son harnais pour l’amener avec nous plus souvent à l’extérieur, lors de promenades ou en visite. Nous voulions lui faire profiter de notre présence plus souvent, pour son bien et pour son hypothétique plaisir futur; mais ce n’était pas une tâche facile. Et ce vendredi soir là, nous lui avions une fois de plus enfilé son harnais pour qu’elle s’habitue à lui. Il était en parfaite condition; rien ne laissait présager ce qui allait arriver.
Chargée à bloc, elle n’avait pas pu s’essouffler comme les fois précédentes pendant la pose; je ne l’avais pas laissé fuir une seule fois. J’avais eu une dure journée et je n’avais pas envie que «ça traîne»; tant de choses encore à faire !
Mon conjoint est sorti avec elle à l’extérieur. Elle a pris peur pour on ne sait quelle raison et s’est envolée avec force; tellement rapidement, que l’élastique du harnais a cédé (conçu pour les Aras, pourtant… :-S). Mon copain me crie quelque chose, en panique, de l’extérieur et, maintenant devant la porte patio, je vois Lolita passer sous mes yeux, suivie par mon conjoint à la course derrière elle. Après, tout se passe rapidement; elle a atterri dans le sapin de la cour arrière du voisin. Par chance, il n’est pas trop grand…
Nerveusement, on tente de l’atteindre et on fait bouger les branches par accident; elle s’envole aussi rapidement que la première fois vers un bouleau, dans le sens inverse, un peu plus en hauteur que la première fois. Il est trop haut; les branches qui sont trop fragiles ne permettent pas d’y grimper. Nous décidons que le mieux est de la faire voler de nouveau pour qu’elle change d’arbre; comme elle n’a pas volé très loin jusqu’ici, on décide de tenter cette chance. Cinq minutes à peine après le début de sa fugue, elle s’envole de nouveau vers un autre bouleau, mais plus haut encore. Nous hésitons. Nous l’appelons, mais elle ne veut rien savoir de nous; seul enlever son harnais l’intéresse et elle nous ignore totalement. Les voisins se sont amassés, curieux, au pied de ce 2e bouleau où un Ara trône. Le soleil descend au loin. On se dit qu’on n’a pas le choix et après quelques minutes, on la fait s’envoler de nouveau.
Cette fois-ci, elle vole très haut au-dessus des maisons et on ne la voit pas atterrir. Nous n’avions pas pensé demander aux voisins de se disperser pour voir où elle allait se poser. Nous paniquons. Nous nous reprochons d’avoir tout fait trop vite.
Nous allons crier son nom un peu partout dans le voisinage pendant 45 minutes environ avant de l’entendre se plaindre d’un arbre, dans une cour arrière, devant laquelle on a passé pourtant plusieurs fois sans la voir ni l’entendre. Mon conjoint était même allé vérifier dans cet arbre en particulier (c’était la place la plus évidente où elle avait pu se poser). Il ne l’avait pas vue. Par chance, elle a crié et continuait de le faire. On a fouillé des yeux l’arbre pendant plusieurs longues minutes avant de pouvoir visuellement la repérer; comme quoi même un gros oiseau jaune et bleu peut être invisible en nature…
Nous sommes restés au pied de l’arbre, à l’appeler, jusqu’à ce que le soleil se couche. Les voisins sont alors tous alertés par les plaintes et les cris que Lolita lance. Mon copain décide de grimper dans l’arbre où elle se perche, mais il n’arrive pas à l’atteindre. Elle passe tout son temps à essayer de détruire son harnais et ne s’occupe pas de nous et des gâteries qui nous servent d’appât. Il y restera pendant une bonne heure.
Il fait noir à présent. La seule solution que l’on voit, c’est de prendre une branche et de la faire grimper, comme si c’était extension de notre bras. Elle en aura finalement peur et s’envolera dans le noir sans qu’on la retrouve.
Je décide de distribuer des affiches à toutes les portes du voisinage au cas où les gens la verraient en se levant jusqu’à ce qu’épuisée, je rentre me coucher.
Nous ne dormons pas vraiment très bien, vous l’aurez deviné. Je me réveille plusieurs fois, en panique. Une de ces fois, je crois même un instant, en me réveillant, que nous l’avons rattrapé; ce n’est pas le cas et le serrement dans ma poitrine reprend en force. Je n’ai aucun pouvoir sur ce qui arrive. Je me sens inutile et une partie de moi reste constamment paniquée, comme si j’étais moi-même en danger.
Dès le lendemain, à 5h du matin, au lever du soleil, nous partons faire un tour des environs pour la retrouver. Nous l’appelons, scrutons les arbres; toujours rien. Je place des affiches sur tous les poteaux téléphoniques et dans tous les endroits publics du coin. Nous rentrons finalement dîner; nous n’avions rien avalé depuis 24 h.
Pendant que nous préparons le repas, nous remarquons une voisine qui se tient sur notre terrain en regardant le ciel. Je sors. Elle m’explique qu’elle vient de la voir passer, très haut dans le ciel, tout en me dirigeant vers un bout de boisé où elle aurait pu atterrir. Elle vient chercher avec moi. Nous montons sur le toit de la maison à plusieurs reprises pour mieux voir les alentours; nous passons le boisé au peigne fin.
Avec une carte Google Earth, nous analysons notre entourage, les jours suivants, à la recherche d’un bosquet que nous n’aurions pas visité encore. Matin et soir, nous faisons une criée dans le bois bordant notre patelin. Après une fin de semaine de recherche, épuisée, je dois rentrer travailler, même si le coeur n’y est pas du tout. J’ai l’impression de brûler en enfer; je me sens damnée. Je suis à bout de nerfs.
J’appelle le journal local en larme et je fais passer une annonce; en couleur, SVP. Ça me coûtera une beurrée, mais je m’en fou. Je vis un cauchemar et l’argent n’y a plus d’importance.
On m’encourage, au travail, à continuer mes recherches en téléphonant aux vétérinaires, aux boutiques pour animaux…etc. Au dernier vétérinaire appelé, on me dit qu’une dame a appelé, justement, le dimanche soir, pour leur dire qu’elle avait vu un perroquet, comme le mien, dans sa cour arrière… dans le sens inverse où nous la cherchions !! À une dizaine de kilomètres de la maison !!! La détresse et le désespoir se changent en un clin d’oeil en panique. Jamais nous ne pensions qu’elle pouvait être aussi loin. La dame n’avait pas réussi à l’attraper, mais au moins, nous savions qu’elle était encore vivante. La chaleur de cette fin de semaine suffocante nous laissait présager vraiment le pire…
Encouragée, j’ose un appel à la radio. Je savais qu’ils risquaient de refuser que je passe en onde, mais je voulais au moins essayer… et on m’a permis de raconter mon histoire !!
Et c’est ce qui nous a permis de la retrouver puisqu’au moment où je racontais mon malheur, vers 12 h de ce lundi, une dame qui se rendait au travail écoutait. Le lendemain, le mardi matin, Lolita était sur son balcon à manger des pétales de fleur !
On nous a appelés et on a pu se rendre sur place. Elle avait traversé l’autoroute ! Lolita nous a automatiquement reconnue. Silencieuse, elle avait les plumes hérissées comme jamais. Elle n’avait plus son harnais qu’elle avait sans doute réussi à casser complètement. Mon conjoint a monté sur le balcon voisin pour aller la chercher. Elle est montée d’elle-même sur le bras de mon conjoint, qui l’a rentrée à l’intérieur. Tremblants de joie, nous l’avons abreuvée, complètement abasourdis. Elle se collait contre nous comme un vrai pot de colle. Sa tête contre mon cou, je n’avais jamais ressenti autant d’amour pour moi de sa part. Elle était couverte de piqûres de moustique, assoiffée, affamée et affaiblie. Selon nous, elle n’aurait peut-être pas survécu encore longtemps.
Elle passera plusieurs jours à ne faire que manger, boire et dormir. L’annonce dans le journal a paru le mercredi, le lendemain, alors que nous l’avions déjà retrouvée. Les dizaines d’appels que nous avons reçus par la suite nous ont cependant permis de connaître une partie de son itinéraire ( un bon 50km, au minimum! ) et les lieux qu’elle a visités. Parcs, Gare, fermes… Elle a visité autant la ville que la campagne environnante. Elle a fait plusieurs allez-retour en se déplaçant et a traversé l’autoroute plus d’une fois.
On nous a même appelés pour nous parler d’un oiseau vert, aperçu par plusieurs. Nous n’avons cependant jamais trouvé le propriétaire cherchant son oiseau, ni l’oiseau en question…
En revenant sur cette histoire, je me rends compte qu’il y a deux choses qui auraient pu changer le destin en notre faveur et éviter cette frayeur; non pas une coupe d’ailes ou un meilleur article de contention, mais un oiseau entraîné au rappel et un peu plus de patience et calme de notre part lorsqu’elle s’est posée la toute première fois.
Il existera toujours une possibilité de perdre un oiseau, même avec la meilleure volonté du monde et une bonne méthode de contention. Un voisin nous a dit, suite à cette histoire, qu’il avait vu un gars se promener dans notre rue, en décapotable, avec une cage à l’arrière; nous ne croyons pas que c’était pour nous la rendre et jamais il ne s’est manifesté pour nous aider. Pendant son périple de près de 4 jours (14 août(soir) au 18 août (matin) 2009), elle a échappé à beaucoup de gens (bien ou mal intentionnés) et a probablement fui des prédateurs aussi. Pour nous, ses ailes pleines lui ont sauvé la vie et nous l’ont rendue; le harnais a été plutôt la source de nos malheurs.
Depuis lors, Lolita n’a plus jamais vu de harnais.