On le fait tous les jours; communiquer. Certaines personnes communiquent mieux que d’autres et apprendre à communiquer, c’est un travail de vie dont la technique ne se retrouve pas miraculeusement dans des livres de trucs d’une boutique poussiéreuse. Il faut apprendre par essai-erreur, à nos risques et périls, en puisant dans notre bagage de vie. Et en fin du compte, notre vie, c’est cet apprentissage pour le moins surprenant de notre relation avec les autres et notre environnement, qui est, en fin de compte, notre apprentissage de la communication et de la communication elle-même. Le sujet est immense, déroutant et on ne peut que théoriser pour en savoir plus, théorie d’un sujet qui paraît loin du réel. Un peu comme pour la philosophie, on la théorise pour mieux l’analyser. Et le jour vient où en vivant un événement marquant, on comprend mieux ce qui se passe grâce à ces fameuses théories qui se basaient jusqu’alors sur un néant abyssal pour nous !
C’est ce que j’ai appris il y a déjà quelques années, quand j’ai fait mon BAC en communication
.
J’étais dans le ménage ce matin. J’avais sorti ma bouteille pulvériseur, qui est, vous l’aurez peut-être deviné, rempli d’une eau vinaigrée et non pas d’un de ces produits aux parfums « de fraîcheur des montagnes sauvages » (hum…) Bref, j’étais bien partie. Un ou deux battements d’ailes et Lolita était descendue de son filet chéri pour atteindre ladite bouteille que j’avais déposé sur un divan. Je la chasse de là. Une deuxième fois. Je la re-chasse. Une troisième fois. Je la re-re-chasse et je vais lui toucher l’aile et lui dit « hey, ça suffit ». Elle recule. Je retourne faire mon ménage. Elle regarde la bouteille un instant et remonte dans son filet jouer avec ses jouets. Elle n’y est plus retournée.
Ce n’est pas la première fois que ça fonctionne. Ce n’est pas miraculeux ni magique non plus. Et probablement que ça ne marchera pas avec votre oiseau. (je sens des déceptions là-bas…
).
Si ça marche avec Lolita, c’est parce que derrière ce toucher, il y a une foule d’informations qui ont passé. Si on théorisait ça, voulez-vous ?
Il y a l’émetteur; c’est moi ici. Et probablement que ce truc ne fonctionnerait pas avec quelqu’un d’autre. Parce que Lolita ( comme tous les humains d’ailleurs ) a une relation avec moi qu’elle n’a pas nécessairement avec d’autres.
Il y a le récepteur; c’est Lolita. Certainement que j’agirais de cette façon avec un autre Ara qu’il ne réagirait pas de la même façon. Pourquoi ? Parce qu’…
Il y a le référent; c’est tout le bagage de vie que l’émetteur et le récepteur ont. Les connaissances, les sentiments vis-à-vis un événement ou une personne, les dernières rencontres avec quelqu’un, les expériences de vie… C’est avec le référent qu’on décode les messages que nous recevons d’autrui.
Et le message, qui passe par un canal (moyen de communiquer, ici le toucher et la voix), agrémenté de bruits ou parasite de la communication (elle pourrait être déconcentrée par quelque chose et ne pas comprendre ce que je lui veux)… et puis le code… je ne parle pas tout à fait le perroquet ararauna et Lolita ne comprend pas tout à fait le français… oups. Et en fin de compte, la rétroaction. Et c’est là qu’il faut savoir écouter à son tour et faire notre possible pour décoder son message à elle parce qu’on va comprendre dans son charabia à elle si elle a compris elle-même le nôtre !
De là les complications et les chicanes entre humains-perroquets ainsi que les découragements. Si vous parliez arabe, il y a bien des chances qu’il y ait souvent des mésententes entre nous. On n’a pas nécessairement le même référent également, peut importe si on habite ensemble depuis longtemps, alors, on peut se méprendre sur le message. Et puis, de son statut de proie, un Ara se laisse distraire plus facilement que nous pour un rien, c’est une question de survie, il ne vous écoute que d’une oreille.
Mais avec le temps, comme un vieux couple qui n’a presque plus besoin de se parler pour se comprendre, on finit par y arriver. On se comprend. On se crée un référent commun, des codages de communication pour diffuser nos messages… Ça se fait souvent tout seul, en vivant conjointement et en s’apprivoisant. Et d’un seul regard, on parvient souvent à se comprendre en fin de compte. De là l’importance de ne jamais négliger votre relation avec votre oiseau. Vous n’en seriez que plus irréconciliables, communicationnellement parlant!
Je termine ce long message par une citation bien connue dans le monde des communications.
« On ne peut pas ne pas communiquer » (Winkin)
Parce que vivre, c’est communiquer et sans qu’on dise le moindre mot ou fait le moindre geste, les messages continuent d’affluer. Quand vous vivez de la colère, vous le faites sentir sans n’avoir rien à dire et c’est de même pour tous les sentiments, ne l’oubliez jamais.
Vivre avec un ara, c’est donc de développer cette communication jour après jour, avec des essais-erreur et des incompréhensions mutuelles, des chicanes et des jours hasardeux où tout nous paraît désespéré. Pour le meilleur et pour le pire. Et cela, jusqu’au dernier instant de votre vie commune.


